CHAPITRE 19

Quelle est la différence entre un Chevalier Jedi et un Maître Jedi ? Reposez-moi la question dans vingt ans !

 

Jacen Solo, quinze ans

 

Les étoiles étaient enfin apparues dans les cieux noirs de Shedu Maad. Ben en voyait des milliers se poursuivre les unes les autres dans la nuit. Les minuscules éclats de lumière qu’elles lançaient dans tous les sens explosaient en novae orange et argentées qui tombaient du ciel suivies de longues traînées de flammes. Une centaine d’entre elles descendaient en hélices imprévisibles qui tentaient d’échapper à la pluie de rubans et d’éclairs. La plupart échouaient puis se transformaient en éclaboussures colorées avant de finir leur descente sous la forme de dizaines d’éclats brillants.

Mais très souvent les étoiles qui tiraient allaient rapidement grossir les rangs des losanges au nez flamboyant des vaisseaux de lancement des Vestiges. Elles dessinaient une longue courbe vers le complexe minier abandonné dont les Jedi se servaient de base puis se mettaient à échanger des tirs avec les canons hapiens cachés sur les terres environnantes. Certaines passaient une seule fois au-dessus du complexe principal en lâchant une pluie de missiles sur les bâtiments déjà en flammes puis faisaient demi-tour et plongeaient dans les arbres.

Les Impériaux semblaient n’avoir que faire que la plupart des bâtisses soient vides, exactement comme elles l’étaient avant l’arrivée des Jedi. Ils ne se souciaient pas non plus du fait que la plupart des tirs qu’ils rencontraient venaient de l’énorme piste et des fosses minières adjacentes au complexe. Leur objectif était de s’emparer de l’endroit et ils y parviendraient, même si cela était inutile et même si de nombreux stormtroopers devaient y laisser la vie. Lorsqu’ils auraient réussi, Ben et les autres habitants de la base se retireraient encore plus profondément dans le labyrinthe de tunnels, de conduits et de fosses ouvertes qui composaient le monde minier de Shedu Maad. Les commandants impériaux analyseraient la situation et assigneraient à leurs stormtroopers un autre objectif. Cela continuerait jusqu’à ce qu’un des deux camps fasse une erreur ou finisse par épuiser son adversaire.

— Nous allons tenir, dit Ben.

Il se trouvait sur un ancien terre-plein minier et regardait le combat au milieu d’un maquis de joncs maboo collants qui poussaient sans que l’on sache trop comment sur ce type de sol ravagé par les mines.

— Ils ne débarqueront pas assez d’hommes pour nous encercler, ajouta-t-il.

— Hé bien, quel soulagement, dit Trista qui portait ses lunettes à vision nocturne et l’armure de camouflage d’un commandant des Commandos d’Élite de Sa Majesté. Moi qui craignais que nous soyons obligés de nous battre pour nous en sortir.

— Sois gentille, Trista, la gronda Taryn.

Elle portait aussi des lunettes à vision nocturne et une armure de commando avec les insignes d’officier sur les épaules, mais Ben ne croyait pas vraiment que les deux sœurs fussent réellement dans l’armée. Même si aucun de leurs compatriotes hapiens – dont le général Livette – ne paraissait remettre en question leur droit à porter l’uniforme, elles ne saluaient jamais personne et n’étaient jamais saluées en retour.

— Comment Ben pourrait savoir que tu es superstitieuse ? reprit Taryn.

— Je ne le suis pas, répliqua Trista. Je dis juste qu’il vaut mieux ne pas faire de prédictions. Rien ne se passe jamais comme on l’imagine.

Taryn secoua la tête.

— Ça a toujours été ton problème. Tu t’inquiètes trop. (Elle eut un mouvement de recul lorsqu’un vaisseau bombardier fit demi-tour au-dessus d’eux, poursuivi par un StealthX qui lui tirait dessus.) Enfin, j’aurais préféré que ce soit Zekk qui me dise ça. (Elle tourna ses lunettes dans la direction de Ben.) Sans vouloir te vexer, beau gosse.

— Pas de problème, dit Ben. Zekk aurait plus de chances de suivre ton rythme, de toute façon.

Taryn lui fit un sourire entendu puis elle haussa un sourcil.

— Beaucoup plus de chances ?

— Heu, je crois, dit Ben. Il me semble. Je n’arrive pas à croire que tu penses à ça en ce moment.

— Je suis capable de penser à beaucoup de choses en même temps, ronronna Taryn. Cela prouve que mon cerveau fonctionne bien.

Ben sentit qu’il rougissait et il se détourna jusqu’à ce qu’il perçoive une brusque secousse de choc et de désespoir dans l’aura de Force de Trista. Il la regarda et découvrit qu’elle appuyait sur l’oreillette de son comlink et murmurait doucement quelques mots dans son micro, posant des questions comme : « Nous savons s’il a survécu ? » et « Qui est au courant ? Personne n’a encore bougé ? »

Ben regarda Taryn et la découvrit dans la même posture, écoutant attentivement, mais sans dire un mot. Elle vit qu’il l’observait et s’approcha de lui.

— Il y a eu une attaque à bord du Reine Dragon, chuchota-t-elle. Quasiment tous ceux qui possédaient du sang royal sont morts.

Le cœur de Ben chavira et tomba si bas qu’il aurait aussi bien pu le ramasser par terre.

— Tenel Ka ?

Taryn secoua la tête.

— Nous ne savons pas encore.

— Allana.

Taryn refit le même geste et ne répondit pas.

Les deux sœurs écoutèrent encore un moment puis Trista raccrocha. Elle sortit son fusil blaster de son étui et vérifia sa batterie.

— Nous allons tenir, dit-elle en le citant. Tu ne pouvais pas t’empêcher de le dire, hein ?

Ben fronça les sourcils et eut du mal à faire le lien entre ce qui venait d’arriver sur le Reine Dragon et la bataille de Shedu Maad.

— Tu veux dire que je nous ai porté la poisse ?

— Ce n’est pas de ta faute, c’est un truc hapien, dit Taryn en vérifiant son propre fusil blaster et en pointant le sabre laser accroché à la ceinture du Jedi. Tu sais t’en servir, pas vrai ?

— Heu, bien sûr, dit Ben avant de prendre l’arme. Si j’ai un bon...

Il ne prit pas la peine de finir sa phrase, car les deux sœurs étaient déjà reparties dans le maquis de maboo en direction d’une vieille mine qui pénétrait dans le flanc de la colline derrière la terrasse. Les deux gardes stationnés à l’entrée du tunnel regardèrent les blasters que les sœurs avaient à la main et détournèrent les yeux en s’employant à ne pas voir les jeunes femmes.

Lorsqu’ils furent dans la froide odeur de moisi de la mine, Ben demanda :

— C’était quoi, ça ?

— Le Megador retient toujours la majorité de la Flotte Corellienne à la Station Uroro, dit Trista en enlevant ses lunettes de vision nocturne et en partant dans le couloir en suivant une rangée de lumières hâtivement accrochées au plafond jusqu’au centre de commandement hapien. Il ne reste donc plus que le Reine Dragon et quelques Dragons de Guerre de Ducha Requud là-haut. Depuis l’attaque sur la Reine Mère, SigTel a relevé énormément de transmission entre l’Anakin Solo et le Bijou Méritant.

— Ça explique pas mal de chose... enfin je crois, dit Ben.

Sigtel était l’unité de Renseignement de Communication hapienne. Apparemment, ils suspectaient les Moffs d’essayer de passer un accord avec Ducha Requud pour prendre la place de Tenel Ka.

— Mais, en réalité, je me demandais pourquoi les gardes ont fait semblant de ne pas nous voir, reprit-il.

— Oh, ça, dit Taryn d’une voix taquine qui indiqua à Ben qu’il n’obtiendrait pas de réponse sérieuse. Nous devenons invisibles, parfois. Pas les Jedi ?

— Pour nous, c’est différent, répondit Ben. On doit se faufiler.

Au bout d’un kilomètre, près d’une vieille salle de réparation taillée dans un flanc du tunnel, les lumières s’arrêtèrent. Une fois de plus, les gardes stationnés à la porte détournèrent le regard lorsque Trista et Taryn arrivèrent. Ben suivit les sœurs dans le centre de commandement improvisé du général Livette.

Une dizaine d’officiers supérieurs – uniquement des femmes, évidemment – étaient rassemblés autour d’une holotable qui affichait l’étrange topographie de Shedu Maad. Au centre, se trouvait le puits de mine principal, un abysse couvert de plantes grimpantes de plus de dix kilomètres de large et dont un lac d’un gris-vert remplissait le fond. L’étendue d’eau était entourée par des flancs arrangés en terrasse et masqués par des troncs de maboo, par d’immenses étendues plates couvertes de mines à ciel ouvert aussi vieilles que la forêt de kolg et de mares en voie d’être reconquises par la nature. L’écran montrait aussi un réseau inégal de lignes rouges sous la surface du terrain ; elles représentaient ce que l’équipe qui avait créé la carte avait appris sur le réseau de tunnels souterrains et de puits qui criblait la zone.

Lorsque les officiers remarquèrent Ben et les sœurs, le bourdonnement d’urgence qui résonnait dans la pièce se tut tout d’un coup et ils se retournèrent vers le trio avec des expressions allant de l’agacement à la peur. Trista partit à gauche, Taryn à droite et Ben se demanda ce qu’elles voulaient qu’il fasse. Il décida qu’il serait plus sûr de rester là où il pourrait bloquer la porte et s’arrêta donc devant la table avant de lever le manche de son sabre laser pour le placer à la vue de tous.

Taryn s’arrêta à mi-chemin de la table et se plaça derrière les officiers avant d’agiter un doigt lorsque l’un d’entre eux commença à se retourner. Trista alla droit vers le général Livette, une femme à la mâchoire sévère qui ne s’embarrassait pas des habituelles futilités hapiennes : elle arborait des cheveux gris et ne dissimulait pas la brûlure de blaster qu’elle avait sur la joue.

Livette fronça les sourcils face à Trista.

— J’espère que vous avez une bonne raison de nous interrompre, surtout avec un blaster à la main.

— Ne faites pas semblant de ne pas avoir entendu, dit Trista en pointant son arme sur la tête de Livette. Cela vous donne l’air complice.

L’expression de Livette, hautaine, devint résignée et de la culpabilité tacha son aura de Force.

— Évidemment que j’ai entendu parler de la malheureuse attaque à bord du Reine Dragon, dit-elle. Toute la flotte est au courant.

De sa main libre, Trista désigna le comlink de Livette.

— Ouvrez une communication jusqu’au Bijou Méritant, ordonna-t-elle. Que l’officier de comm vous passe Ducha Requud et faites-nous part de ce que vous apprendrez.

Livette obéit puis parut tout à coup légèrement malade. Enfin elle tendit le comlink pour que tous puissent entendre. C’était une voix de femme qui hurlait de peur et suppliait qu’on la laisse en vie.

— Il n’est pas question de passer un accord avec les Moffs, dit Trista. J’espère que c’est clair.

— Ab-absolument, dit Livette avant de se taire comme si elle envisageait quelque chose. (Elle sourit.) En réalité, j’allais vous demander. Certains rapports parlent d’une Jedi qui a pénétré notre périmètre avec un escadron de stormtroopers de la Garde d’Élite.

— Une Jedi ? demanda Trista. Avec les Impériaux ?

— Ce n’est pas une Jedi, dit Ben en s’avançant au bord de la table. (Il était quasi certain que le général Livette avait autorisé leur arrivée, mais il n’allait pas en discuter si Trista et Taryn ne le faisaient pas.) Où sont-ils ?

Avant dé répondre, Livette regarda Trista.

— J’espère que vous êtes conscientes que personne dans cette pièce n’était au courant de la trahison de Ducha Requud, dit-elle d’une voix si peu égale qu’elle indiqua à Ben, sans même l’aide de la Force, qu’elle mentait. Notre loyauté ne va qu’au successeur légitime de Sa Majesté Tenel Ka... si un successeur est nécessaire, évidemment.

— Avons-nous dit quelque chose vous laissant penser que nous doutions de vous, général ? demanda froidement Taryn. Tant que nous gagnons la bataille, nous n’avons aucune raison de remettre en doute la loyauté de quiconque dans cette pièce.

— Je suis ravie que nous soyons d’accord, dit Livette avant de se tourner vers un de ses officiers et de lui dire : Montrez-leur.

L’officier enfonça les touches d’une télécommande. Une étoile bleue apparut dans l’holo, à peu près un kilomètre en dessous de la terrasse où se trouvait le quartier général, mais à quelques centaines de mètres seulement du hangar souterrain que les chasseurs stellaires Jedi utilisaient pour faire le plein d’armes et de carburant.

— Nous croyons que cela pourrait être leur cible, dit l’officier en montrant le hangar. Certains rapports parlent de puits de mine cachés à cet endroit (elle désigna l’étoile bleue), qui donnent accès au hangar.

Trista regarda Taryn.

— Emmène Ben. Je vais rester ici pour protéger le général Livette au cas où vous rencontreriez des problèmes. (Elle se tourna de nouveau vers le général.) Mais j’espère vraiment que ça n’arrivera pas. Nous n’avons aucune envie que le malheureux accident de Ducha Requud se répète, n’est-ce pas ?

Livette pâlit enfin.

— Il pourrait être judicieux de prendre une escouade de Commandos de Sa Majesté, dit-elle. Ils vous attendront dehors.

Ben laissa Taryn passer devant pour retourner dans le tunnel, puis il se plaça à côté d’elle et demanda :

— Qu’est-il arrivé au Reine Dragon ?

— Ça ressemble à un nanotueur, répondit Taryn. Le Reine a pris des prisonniers à bord. Une demi-heure plus tard, de la fumée argentée s’est mise à sortir du système de ventilation et a tué tous ceux qui avaient du sang royal.

— Mais tous les autres vont bien ? demanda Ben.

Taryn le regarda.

— Nombreux étaient ceux qui avaient du sang royal à bord du Reine, Ben.

— Je sais, répondit le Jedi. Il doit bien rester quelqu’un en vie ; tout le monde n’avait pas de sang royal. Alors comme se fait-il que personne ne nous dise ce qu’il est advenu de Tenel Ka ? Si elle est morte, ils devraient bien le savoir.

— Tu crois que Sa Majesté a survécu, conjectura Taryn. Et Allana aussi.

— Je crois que c’est possible, dit Ben avec espoir. Tenel Ka a pu sentir arriver les problèmes, et comme elle gardait Allana tout près d’elle...

La sortie du tunnel apparut devant eux, arche noire où les lumières du plafond s’arrêtaient, et Taryn détourna les yeux.

— C’est ainsi que nous fonctionnons, dit Taryn. Lorsqu’une Reine Mère meurt, nous aimons laisser les choses en plan quelque temps. Cela nous laisse la possibilité de resserrer la sécurité autour des successeurs potentiels et de voir qui semble un peu trop préparé à la remplacer.

— Ducha Requud par exemple, dit Ben.

Il aurait pu étendre sa conscience dans la Force pour voir si Tenel Ka était toujours vivante, mais cela n’aurait servi qu’à assouvir sa curiosité et à fournir une distraction malvenue à Tenel Ka si elle était toujours en vie.

— C’est sans doute logique, poursuivit-il. Mais qui est le nous en question ?

Taryn ne le regarda pas.

— D’après toi, Ben ?

— Je n’en ai aucune idée.

— Tant mieux, dit Taryn en remettant ses lunettes de vision nocturne. Cela aurait été dommage de devoir te tuer.

Pour une fois, Ben n’eut pas l’impression qu’elle plaisantait. Il remit ses propres lunettes et la suivit dans la nuit, où ils rencontrèrent une dizaine de commandos et partirent sur une terrasse vers leur lieu d’interception.

C’était un déplacement difficile à travers des bosquets de maboo, d’autant plus qu’ils devaient avancer en silence sur un terrain accidenté. Taryn surprit Ben en prenant un rythme infernal et le Jedi dut puiser dans la Force pour rester au contact.

Les commandos étaient silencieux, mais pas tout à fait autant qu’eux, et lorsqu’ils arrivèrent à deux cents mètres de leur objectif, Taryn leur fit signe de ralentir et de se déplacer avec plus de prudence. Elle continua d’avancer avec Ben puis s’enfonça dans un maquis de joncs à la limite de la terrasse et regarda dans la forêt.

Même avec ses lunettes de vision nocturne, il était difficile de voir à travers les cimes ondulantes des kolgs. À une soixantaine de mètres de la base de leur terrasse, des rats-singes à la fourrure miteuse étaient rassemblés sur une haute branche, leurs silhouettes, en infrarouge, recroquevillées, effrayés par le rugissement constant des chasseurs stellaires Jedi qui entraient et sortaient du hangar proche.

Ben perçut quelque chose d’étrange à propos des singes. Puisqu’ils avaient si peur du bruit et des lumières des chasseurs stellaires, pourquoi se tapissaient-ils au sommet du kolg ? Il commença à regarder sur la cime des arbres proches et trouva rapidement un autre groupe de rats-singes qui grimpaient vers le sommet.

— Là, chuchota-t-il en montrant du doigt. Qui vient vers nous.

Taryn suivit son bras pour regarder vers les arbres puis dit :

— Ben, nous ne cherchons pas...

Elle ne termina pas sa phrase lorsqu’elle comprit la signification de ce qu’il montrait puis elle regarda de nouveau vers le bosquet de maboo. Les commandos n’étaient toujours pas en vue.

— Pourquoi sont-ils aussi longs ? siffla-t-elle.

Une pensée déplaisante traversa l’esprit de Ben.

— Tu ne penses pas qu’ils étaient fidèles à...

— Non, ce ne sont que des hommes, dit-elle en retournant ses lunettes vers lui. Sans vouloir t’offenser, beau gosse.

Taryn sortit du bosquet et prit la direction de l’endroit où ils étaient censés intercepter l’ennemi, ce qui, d’après Ben, devait être à la jonction de la forêt et de la pente. Le sol était assez meuble pour que Taryn et lui aient une piste à suivre. Mais les joncs de maboo n’étaient pas aussi épais sur le talus que sur la partie plane de la terrasse et ils risquaient de se faire repérer en descendant.

En arrivant en bas de la pente, Ben entendit le doux bruissement des feuilles et des branches qui frottaient contre une armure de plastoïde. Il se laissa tomber par terre, derrière un tronc de kolg près de Taryn, et regarda à travers les broussailles en dissimulant sa présence dans la Force. Tahiri ne mettrait pas longtemps à sentir Taryn et les commandos, mais, au moins, elle ne saurait pas qu’ils étaient accompagnés d’un Jedi.

Heureusement, Tahiri paraissait plus concentrée sur d’autres choses pour l’instant. Elle sortit de la forêt en début de colonne, silhouette infrarouge le bras tendu et la paume tournée vers le bas comme si elle percevait quelque chose s’élevant du sol. Une rangée d’une dizaine de stormtroopers la suivait, les quatre du milieu portant une civière au centre de laquelle était posé un cône de métal.

Ben crut que le cône devait être une boîte remplie de nanotueurs des Vestiges – jusqu’à ce qu’il voie un ensemble de lumières colorées s’allumant dans un motif de trois-rouge-deux-jaune-un-vert qu’on lui avait appris à reconnaître à l’époque où il était un agent antiterroriste de la GAG : une ogive au baradium.

Ben prit l’avant-bras de Taryn, attira son attention sur l’ogive... et il sentit les muscles de la jeune femme se tendre sous sa main. Une petite ogive à baradium aurait suffi à faire exploser le sommet de toute la corniche et une ogive que portaient quatre hommes n’était pas petite.

Tahiri s’arrêta à quinze mètres d’eux, au centre d’un cercle de broussailles sans arbres, et fit signe au stormtrooper derrière elle de stopper à son tour.

— Je crois que c’est là, dit-elle. Apportez les charges de pénétration. Mais gardez l’ogive à l’écart. Inutile de la faire exploser en essayant simplement d’entrer dans les tunnels.

Les troopers qui portaient l’ogive reculèrent, mais les autres avancèrent. L’un d’entre eux ôta son sac à dos et en sortit des baguettes télescopiques qu’il tendit et passa à ses camarades. Pendant ce temps, Tahiri se mit à faire le tour de la clairière, la sondant avec la Force et demandant aux stormtroopers d’enfoncer leurs tiges dans le sol sablonneux tous les trois mètres.

Ben les regarda travailler et l’ampleur de la trahison qu’avait manqué de commettre le général Livette le mit de plus en plus en colère. Elle avait non seulement accepté de laisser une force d’intervention des Vestiges détruire le hangar Jedi, mais elle leur avait aussi fourni des renseignements précis sur les tunnels d’accès enterrés et ce dont ils auraient besoin pour les ouvrir. Mais le plus extraordinaire était que personne ne paraissait surpris – ni même particulièrement dérangé – par cette trahison. Ils s’attendaient à ce genre de comportement de la part de leurs nobles « fidèles » et savaient s’en occuper. Un homme sain d’esprit en serait presque venu à se demander si Caedus n’avait pas raison en disant que la galaxie nécessitait un poing de fer ; presque.

Après avoir regardé les stormtroopers travailler quelques instants, Taryn se mit à plat ventre et commença à faire passer son fusil blaster dans un trou sous le tronc du kolg. En comprenant qu’elle comptait tirer sur Tahiri, Ben lui prit le bras et secoua la tête. Il ne devenait pas compatissant. Mais dès que Taryn poserait les yeux sur sa cible – peut-être même avant – le sens du danger de Tahiri la préviendrait. Et Ben n’avait aucune envie de se lancer dans une fusillade avec des adversaires six fois plus nombreux.

Taryn fronça les sourcils et tenta de se libérer le bras, mais s’adoucit lorsque Ben secoua la tête et refusa de la lâcher.

Dès que les stormtroopers eurent fini d’enfoncer leurs pieux, un deuxième homme ouvrit son sac et commença à armer et à faire passer les charges de pénétration que ses camarades insérèrent dans les tubes creux qu’ils avaient plantés dans le sol sablonneux. Lorsque cela fut fait, les démolisseurs passèrent un petit détonateur à Tahiri. Elle fit signe à toute l’équipe de se retirer et les suivit, quelques pas derrière eux.

Le dernier homme sortait juste du cercle de tubes lorsque Tahiri se retourna brusquement et ne regarda pas vers Ben et Taryn, mais vers la pente d’où ils étaient arrivés quelques minutes plus tôt.

— Quelqu’un arrive, dit-elle en désignant l’endroit.

Taryn s’était déjà relevée sur un genou et avait posé le canon du fusil blaster sur le tronc.

— Je peux la descendre maintenant ! chuchota-t-elle.

— Qui t’en empêche ? répondit Ben.

— Ah, les hommes.

Un éclair bleu sortit du canon de son blaster, mais Tahiri plongeait déjà dans les arbres. Elle ramena le détonateur par-dessous son corps et le dirigea vers le cercle de charges de pénétration.

Ben sentit l’onde de choc de la détonation toute proche le frapper comme un coup de poing à l’estomac puis ses lunettes devinrent momentanément noires lorsque les verres furent aveuglés par l’éclair de lumière. Il se tapit derrière le tronc du kolg avec Taryn et tous les deux furent bombardés de sable et de broussailles.

L’instant d’après, la forêt explosa en éclairs hurlants de tirs de blasters. Ben leva la tête au-dessus de l’arbre et vit une colonne de sable retomber vers le sol, et même à l’intérieur, là où un trou énorme s’enfonçait dans le tunnel ou bien le puits, ou ce qui se trouvait en dessous et que Tahiri et ses hommes venaient d’ouvrir.

À gauche du trou, une dizaine de Commandos d’Élite de Tenel Ka chargeaient à travers les arbres et échangeaient des tirs avec les Impériaux surpris. Derrière eux, deux soldats tiraient la litière portant la grosse ogive de baradium vers le trou, protégés par la lame virevoltante du sabre laser de Tahiri.

— Je vais m’occuper des soldats, dit Taryn en fourrant son fusil dans les mains de Ben. Occupe la Jedi.

— Ce n’est pas une...

Ben ne termina pas sa phrase et Taryn prit trois grenades à fragmentation dans son harnais puis arma la première du pouce. Il appuya le canon sur l’arbre et ouvrit le feu sur Tahiri, passant d’un endroit de son corps à un autre pour qu’elle soit obligée de déplacer sa lame sur la plus grande distance possible afin de se protéger.

Mais Tahiri était aussi rapide que précise et elle renvoya les premiers lasers de Ben dans les arbres, dans leurs dos puis vers la grenade que Taryn venait juste de lancer. Le troisième tir qu’elle dévia toucha au but et la grenade explosa sans faire de dégâts au-dessus du puits de mine récemment ouvert.

Taryn arma ses deux dernières grenades.

— J’t’avais demandé d’occuper la Jedi !

Ben sauta et se mit à tirer, pas sur Tahiri, mais sur l’ogive de baradium, obligeant son adversaire à plonger pour protéger la bombe. Taryn lança les deux grenades par-dessus le puits juste à l’instant où Tahiri retombait en faisant la roue. L’Hapienne poussa un cri de joie lorsque la manœuvre envoya Tahiri au-delà de l’ogive, et hors de position pour défendre les soldats qui la tiraient.

Les grenades explosèrent de chaque côté de la civière, réduisirent en miettes les armures et projetèrent les corps en dessous au loin. Tahiri, prise par l’onde de choc, fut envoyée dans les arbres, hors de vue. L’ogive tomba au sol sans être endommagée.

— Bien joué, dit Taryn en reprenant son fusil et en se hissant par-dessus le tronc. Maintenant, allons finir le...

Elle ne termina pas sa phrase et tira vers les bois. Ben prit son sabre laser et sauta par-dessus l’arbre avant de voir Tahiri revenir, ensanglantée et couverte de bleus, mais renvoyant tout de même les tirs de Taryn vers elle. Il alluma son sabre laser et s’avança pour défendre l’Hapienne, puis il regarda, stupéfait, Tahiri qui éteignait son sabre et sautait par-dessus le puits, une main tendue vers l’ogive.

— Oh-oh.

Ben s’ouvrit à la Force et atteignit l’explosif pour l’attraper avec l’esprit... Il le vit s’élever de la civière cassée et se mettre à flotter vers le puits.

— Explosion ! hurla-t-il.

Il se mit à courir et s’apprêta à sauter puis entendit Taryn crier derrière lui :

— Ben ? Ben, attends. Non !

Mais Ben était déjà parti dans un saut périlleux vers Tahiri, se laissant retomber dans le puits au-dessus d’elle. Pendant qu’ils plongeaient, elle se retourna et releva sa lame pour frapper le cou du Jedi, mais pas assez vite pour l’empêcher de parer. Il répliqua avec un coup de pied à la colonne vertébrale qui lui tira un grognement de douleur et l’envoya contre le mur.

Ils tombaient toujours, mais elle repartit vers lui en enfonçant une botte dans ses cotes, ce qui lui vida les poumons et l’envoya contre le mur de pierre. Il dégringola un instant en ayant perdu le contrôle, chutant vers les ténèbres, puis utilisa la Force pour se reprendre.

Quelle profondeur faisait ce puits ?

La lame de Tahiri surgit vers lui en sortant des ténèbres et Ben se rendit compte qu’il avait perdu ses lunettes de vision nocturne. Il para et para encore, puis s’aperçut qu’il avait laissé son ventre à découvert... et il parvint tout de même à baisser son arme une fraction de seconde avant que Tahiri profite de cet avantage.

Il poussa un soupir de soulagement – il était à sa merci, mais elle n’avait pas été assez rapide – puis lui donna un coup de pied à la hanche et alla heurter le mur derrière lui avant d’utiliser la Force pour y rester coller, de près. C’était une façon douloureuse et brûlante de ralentir sa descente, mais elle valait mieux que l’autre solution.

Ben vit une lueur au-dessus de lui et leva les yeux pour découvrir que Tahiri faisait la même chose de l’autre côté du puits, silhouette noire derrière une lame brillante qui lui lançait un regard sombre de ses yeux vifs. Il appuya plus fort et ralentit encore davantage sa descente pour qu’elle n’ait pas l’avantage de l’altitude, puis il entendit un grand bruit d’éclaboussure lorsque l’ogive atteignit le fond.

De l’eau. Super.

Tahiri s’écarta du mur et tomba vers lui tel un cyclone de coups de bottes et de lames.

C’était une attaque imprudente. Ben n’avait qu’à tenir sa garde haute puis parer et lui couper les jambes au niveau des genoux. Il leva sa lame pour le faire puis finit par s’apercevoir de ce qu’il voyait et para sans répliquer.

Tahiri passa devant lui, sans aucun soulagement sur le visage, mais avec un masque de surprise et de rage. Alors Ben comprit qu’elle ne voulait pas vraiment le tuer. Peut-être même qu’elle ne voulait pas survivre.

Elle tomba dans l’eau puis hurla et se tut.

Ben arriva une seconde plus tard et cria à son tour lorsque ses genoux remontèrent jusqu’à son menton. De l’eau froide et sombre remonta au-dessus de sa tête et s’insinua dans sa gorge. Il toussa dans le liquide, en avala un peu, et finit par reprendre le contrôle de ses réflexes et ferma la bouche.

Il avait de l’eau dans les oreilles et il entendait ses cheveux tournoyer autour de lui, mais il n’avait aucune idée de la profondeur à laquelle il se trouvait. Il leva les yeux, vit le courant s’élever au bout de son sabre laser et comprit qu’il ne devait pas être très bas. Alors pourquoi ne remontait-il pas à la surface ?

Ben essaya de se propulser vers le haut et comprit aussitôt le problème. Tout le sable qu’il avait vu tomber dans le puits devait s’évacuer quelque part et il était dorénavant enterré jusqu’à la taille dedans. Sans cesser de lutter pour ne pas tousser ni avaler d’eau, il attrapa le rocher glissant sous lui, remua les jambes pour essayer de se hisser et creusa lentement une cavité autour de sa taille.

Au bout de quelques secondes, Ben parvint à se libérer et revint péniblement à la surface où il mit quelques secondes de plus à se rendre compte que seule la moitié des bruits de respiration et de toux étaient les siens. Il se retourna et découvrit le visage et les épaules de Tahiri à trois mètres de lui, le sabre laser de la jeune femme entre eux. Mais elle ne l’attaquait pas. Sa main droite était tendue vers une rangée de lumières qui clignotaient dans une série distinctive de trois-rouge-deux-jaune-un-vert sur l’ogive de baradium.

— Tahiri, tu ne veux pas faire ça, dit Ben en tentant de se lever, mais en se retrouvant aussitôt enfoncé jusqu’aux genoux dans le sable mouillé. Je le sais parce que personne n’était mieux placé pour devenir un apprenti Sith que moi.

Tahiri le regarda, mais garda la main tendue vers l’ogive.

— Ne t’occupe pas de ça, Ben. (Son visage était plongé dans l’ombre, mais il voyait encore ses cheveux et ses yeux qui luisaient d’une lueur argentée grâce à la lumière de la lame qui se reflétait sur l’eau.) Tu n’as pas à être blessé.

— Tu vois ? C’est ce que je veux dire, dit Ben en cessant d’essayer de se lever. (Il se contenta de s’agenouiller et se servait de ses tibias pour étendre son poids sur le tas de sable humide.) Si tu étais faite pour devenir Sith, tu ne te soucierais pas de moi. Tu ne te serais pas mise autant en colère lorsque tu as tué Shevu.

— Je n’aime pas tuer, Ben, dit Tahiri. (Elle prit son sabre laser à deux mains.) Ça ne signifie pas pour autant que j’hésite à le faire.

Ben ricana.

— Tu ne mens même pas bien, dit-il en avançant à genoux vers l’ogive. Je croyais que Caedus t’avait au moins appris ça.

Tahiri leva sa lame devant la poitrine de Ben.

— Je ne mens pas, Ben.

— Alors il va falloir que tu le prouves, dit le Jedi. (Il leva sa propre lame et l’appuya contre celle de Tahiri, l’obligeant à écarter son arme.) Je vais aller enlever le détonateur de l’ogive. Il n’y a qu’un seul moyen de m’arrêter et tu ne le feras pas.

Tahiri éteignit son sabre laser puis le ralluma si vite que Ben eut à peine le temps de s’écarter lorsque la lame apparut à l’endroit où, un instant plus tôt, se trouvait son cou. Mais elle ne fit rien de plus et la tête de Ben resta attachée à ses épaules.

— C’était presque ça, je te l’accorde.

Le cœur tambourinant, Ben avait l’impression qu’il pourrait mourir de peur si Tahiri ne le tuait pas, mais il était tout de même prêt à prendre ce risque. Il passa par-dessous la lame et repartit à genoux vers l’ogive.

— Mais pas tout à fait, reprit-il. Lorsque tu reviendras dans l’Ordre, oncle Luke te donnera quelques leçons sur l’art de bluffer.

Tahiri poussa un soupir puis éteignit sa lame.

— Je ne reviendrai pas dans l’Ordre, Ben.

La tension quitta le corps de Ben si vite que ses mains se mirent à trembler de façon incontrôlée. Elle abandonnait.

— Ha bon ? Alors que vas-tu faire ? Devenir une sorte de chasseuse de primes ? dit Ben en atteignant l’ogive et en se mettant à creuser. Parce que tu sais que Caedus ne va pas te reprendre.

— Ouais, mais j’en ai fini avec tout ça, dit-elle amèrement. J’en ai fini avec tous les Solo.

Tahiri accrocha son sabre laser à sa ceinture puis prit un tube lumineux qu’elle alluma en direction du tunnel rempli d’eau.

— Quelqu’un sera à ma poursuite là, en bas ? Je préférerais éviter de me faire tuer en essayant de m’enfuir.

— Ce ne sera pas le cas si tu m’aides, dit Ben qui grognait en luttant pour tourner l’ogive de façon à atteindre le panneau d’accès. Ils m’ont pardonné.

— Ha ouais ? Mais tu n’étais qu’un enfant. Et tu l’es toujours. (Tahiri s’agenouilla dans l’eau près de Ben puis se servit de la Force pour orienter le panneau d’accès de l’ogive vers eux.) Pour moi, ça sera différent.

— Sans doute, concéda Ben. Cela prendra du temps et tu devras répondre de tes actes. Mais ils te pardonneront, je te le promets.

— Je ne suis pas certaine que tu sois en mesure de le promettre, dit Tahiri.

Avant que Ben puisse répondre, un grand bruit d’éclaboussure s’éleva près d’eux et Ben vit une corde qui pendait à côté de lui.

— Si tu veux t’enfuir, mieux vaut que tu le fasses tout de suite, dit le Jedi. Je leur dirai que tu t’es noyée et que ton corps a dérivé ou quelque chose dans le genre.

Tahiri haussa un sourcil.

— Tu mentirais pour moi.

— Si tu veux que je le fasse, dit Ben. Et n’oublie pas que je mens bien mieux que toi. C’est une des choses que Jacen m’a apprises et que je n’ai pas encore oubliées.

Tahiri ralluma le tube lumineux. Son visage était grave, mais décidé.

— Je crois qu’il est temps d’arrêter avec les mensonges, dit-elle. Et avec pas mal d’autres choses.

Pendant un instant, Ben douta : voulait-elle dire qu’elle repartait avec lui ou qu’elle voulait se faire tuer ?

Puis une lumière brillante s’alluma vers eux et la voix de Taryn résonna au-dessus.

— Un seul geste et tu es morte, prévint-elle. Ben, éloigne-toi d’elle.

Ben leva les yeux et découvrit l’Hapienne qui descendait rapidement en rappel, tenant la corde d’une main et son fusil blaster de l’autre.

— C’est bon, cria-t-il. Elle est avec nous.

 

 

Il y a très longtemps...

 

Nous sommes durant la trêve à la bataille d’Ithor durant laquelle Jaina pilote une Aile-X avec le légendaire escadron Rogue. Elle est allongée sur son lit à bord du Ralroost et essaye de se reposer avant que les Yuuzhan Vong ne recommencent à attaquer. Elle en a bien besoin. Mais la couchette de l’autre côté de la cabine est vide et ça l’empêche de dormir. Elle vient de perdre son amie et coéquipière Anni Captsan et elle ne peut pas fermer les yeux sans voir son visage.

Jaina est submergée d’émotion qu’elle ne sait pas contrôler et elle ne désire qu’une chose, s’en débarrasser. La plus forte est la culpabilité : culpabilité d’avoir survécu et pas Anni, d’avoir été incapable de donner le nom de ses parents lorsque le colonel Darklighter lui avait demandé d’enregistrer un message à leur intention. Elles volaient ensemble et partageaient leur cabine depuis des mois sans parler de leurs vies à la maison. Il est désormais trop tard pour que Jaina le demande et cela la fait culpabiliser plus que tout.

Puis la partie du cœur de Jaina réservée à son frère Jacen commence à se réchauffer et elle sait qu’il est dehors, devant sa cabine. Elle n’attend pas qu’il frappe. Elle se contente d’ouvrir la porte et retourne sur son lit sans rien dire.

Jacen vient et s’assoit sur le bord de la couchette. Il n’a pas besoin de demander ce qui ne va pas parce qu’il le sait ; c’est son frère jumeau, il ressent la même chose.

Jacen lui caresse alors les cheveux jusqu’à ce que la douleur commence à refluer et qu’elle s’endorme enfin. Il reste avec elle toute la nuit parce qu’il sait que, s’il part, elle se réveillera et ne pourra pas se rendormir.

Et Jaina l’entend qui chuchote dans ses rêves et lui dit qu’aucun des gens qu’elle aime n’est obligé de mourir ; pas si elle ne le veut pas... car il suffit de garder une place pour eux dans son cœur.